PLASTIQUES ET COMPOSITES DANS LES VEHICULES RENAULT

Historique

23 - Applications des plastiques hors véhicules

Pour fabriquer un nouvel objet, nous nous posons la question "quel matériau utiliser?"
En face d'un nouveau matériau, nous nous posons la question "quoi faire avec?"
Ce mécanisme naturel de raisonnement a amené les pionniers des plastiques à imaginer beaucoup d'applications dans les véhicules, mais aussi hors véhicules.

23.1 - Les skis (1955)

La capacité de déformation élastique et l'excellente tenue aux chocs des premiers stratifiés fibres de verre-résine synthétique moulés dans l'atelier plastique pilote de Renault avaient donné l'idée aux membres de la Commission des Recherches d'étudier et de réaliser une paire de skis en plastique armé de fibres de verre.
C'est un des directeurs, Jean Myon, qui les a essayés avec succès.

Cette expérience n'a pas été poursuivie mais un brevet d'invention très détaillé a été déposé.
En visitant la fabrication des skis Dynastar à Sallanches (Savoie) 20 ans plus tard, pour évaluer leur capacité à fabriquer des lames de ressort en composite, nous avons été félicités pour ce brevet dont l'antériorité leur avait permis de mettre fin à une guerre de brevets plus récents avec leurs concurrents.

23.2 - Les baignoires (1958)

D'Arrivère pensait que, dans le cadre de la diversification, la baignoire en plastique pouvait se révéler très rentable.
Un outillage a été commandé à Becker & Van Hullen en même temps que ceux du pavillon surélevé d'Estafette.
Les premiers essais ont été réalisés à Krefeld (RFA) sous l'oeil ravi de d'Arrivère, Goupy pesant la matière tandis que Pontille, Manuel et Taboureau plongeaient simultanément dans la matrice chromée chauffée à 150°C pour y déposer le prémix. Les baignoires obtenues étaient jugées convenables.
Le lendemain de cet essai, la presse utilisée retombait accidentellement. A 24h près, trois ingénieurs de Renault ont failli être transformé en baignoire (d'après le témoignage de Taboureau)

A l'usine de Choisy, le moule a servi à mouler 800 baignoires dont 200 ont été livrées à Vichy pour équiper des immeubles en construction pour la Caisse des Dépôts et Consignations. Il m'a été demandé d'enquêter sur les réticences des professionnels du bâtiment à installer ces baignoires. D'abord, elles n'avaient pas de pieds ce qui obligeait à maçonner un socle sous le fond. D'autre part, la bordure présentait des craquelures de loin en loin. Enfin, ils réclamaient un agrément du CSTB.

Finalement, la Direction a demandé que l'on mette fin à cette aventure pour se concentrer sur des applications automobile.
Les baignoires ont été vendues au personnel (au "chinois" pour les initiés) pour des usages multiples dont celui de baignoire de salle de bain (celle d'André Fayolle était toujours en service à Chateauneuf sur Loire, 30 ans après)

<< Baignoire utilisée comme réservoir d'eau de pluie pour arroser le jardin d'Albert Mauplin à Cottignon, Theneuille (Allier) [juin 1986]

23.3 - Les cercueils (1959)

En marge de l'Estafette, il y avait un projet de pick-up multi-usage pour les petites communes. Différents éléments amovibles auraient permis de le transformer : en minicar scolaire, en benne à ordures, en ambulance, en voiture de pompier ou en corbillard.

Pour des petites séries, le stratifié verre-polyester semblait tout indiqué. D'Arrivère a pensé que dans l'aménagement en corbillard, on pouvait aussi prévoir un cercueil en plastique.
Un modeleur avait été contacté mais il a renvoyé le dessin avec une annotation "manque de dépouille".
Ce projet a été enterré.

23.4 - Les bateaux Renault-Penhoët (1960-1962)

En 1960, les Chantiers de l'Atlantique à St Nazaire terminaient la construction du paquebot France, mais le carnet de commande était presque vide.

Dans l'espoir de sauver des emplois, une association Renault-Penhoët a été créée pour fabriquer des runabouts.
Les coques étaient moulées et équipées à St Nazaire, Renault fournissant le moteur in-bord. C'était le moteur de la Dauphine Gordini, développant 40 chevaux SAE.

Malgré nos réserves, la carène était moulée par projection simultanée verre-résine. Ce procédé ne permettait pas de maîtriser l'épaisseur et des zones fragiles se fissuraient en service. Il n'y avait pas de danger immédiat car un volumineux noyau de polystyrène expansé remplissait toutes les cavités internes, mais celui-ci s'imbibait progressivement d'eau (jusqu'à + 100 kg après un an de séjour sur l'eau)

Au bout de quelques années, la production de la "Dauphine de la mer" a été abandonnée et la Sté Renault -Penhoët a été dissoute. Parallèlement, la construction des navires de gros tonnages était repartie.

23.5 - Les casques pour motocyclistes (1976-1977)

Dans le cadre de l'étude des dispositifs de protection passive, il nous a été demandé de comparer les différentes méthodes d'essai de choc concernant les casques pour motocyclistes afin de compléter les travaux effectués par le laboratoire de Physiologie (voir document correspondant)

D'autre part, la DAST, dans le cadre de la diversification, nous avait confié une question de recherche pour l'étude et la réalisation d'un casque de motocycliste performant.
Nous avons mis au point un casque répondant aux normes US et hollandaises, plus sévères que la norme AFNOR de l'époque, laquelle a été revue après notre rapport d'enquête. Ce casque comportait : une calotte moulée à la presse en stratifié à taux de fibres de verre élevé, un absorbeur de choc de composition particulière, une jugulaire et une visière.

Sur la lancée, nous avons participé, avec le laboratoire de Physiologie, à la mise au point d'un casque pour cycliste qui a fait l'objet d'un dépôt de brevet et dont une licence a été vendue à Taïwan.

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